Les jolies plumes – (1) Always in my head

« Tu as senti ? Qu’étais-ce ? La foudre »

Tous les matins, c’était le même rituel, les mêmes gestes. Tant répétés qu’ils en étaient devenus automatiques. Le café qui coule dans la cafetière, l’odeur qui embaume l’appartement silencieux. Quelques toasts, une douche bien chaude, un regard envieux sur le chien roulé en boule dans son panier et qui se lèvera au son des clés pour accompagner son maître au pied de la porte. Tous ces gestes répétés, familiers, cette routine si rassurante qui ferait presque oublier la solitude. Qui la rendait plus supportable, paradoxalement sans doute. Les jours s’enchaînent les uns après les autres, semblables dans leurs grands traits et différents dans leurs petits détails. Le temps s’égrène, il se laisse porter par la vague si rassurante du quotidien.

Tous les jours depuis une semaine, il passait devant ce café qui venait d’ouvrir ses portes. Une de ces chaînes venues d’Outre-Atlantique qui poussait comme des champignons dans les villes, proposant un choix quasi-vertigineux de boissons chaudes, de beignets. Cette nuit-là, il avait mal dormi, réveillé par une angoisse sourde qu’il n’arrivait pas à s’expliquer en détail. « Un deuxième café ne me fera pas de mal », songea-t-il.

Le café était presque vide à cette heure matinale, et il s’avança d’un pas hésitant vers le comptoir. Que prendre ? Comme souvent, les choix les plus simples lui apparaissaient les plus difficiles. Il y avait une personne devant lui, un étudiant vêtu d’un slim et d’une paire de converses, des écouteurs démesurément grands autour du cou avec de la musique électronique qui s’en détachait.

Et puis, l’espace d’une fraction de seconde, il ne sut jamais pourquoi, il ressentit le besoin irrépressible de se retourner.

Dans un coin du café, près de la baie vitrée, elle était là. Absorbée par son livre, un latte grand format posé devant elle, un muffin à peine entamé. De temps en temps, elle remettait ses cheveux bruns derrière son oreille. De ce geste était né son coup de foudre pour cette inconnue. Il se retrouva à bout de souffle. Son cœur battait la chamade. Plus tard, il aurait conscience du caractère cliché de sa réaction. Mais c’était ainsi. Il ne pouvait pas le nier. Comme un héros de ces comédies romantiques qu’il trouvait si ridicule, il avait été frappé par la foudre.

Il cligna des yeux, respira. Et ne put détacher son regard d’elle. Il se dit qu’elle avait le plus beau visage qui soit. Il s’en dégageait tant de douceur. Elle était toujours absorbée par sa lecture. Lui, perdu dans ses pensées n’avait pas remarqué que le vendeur du café l’attendait pour prendre sa commande. Son café à la main, il s’assit volontairement à l’autre bout du café, dans un coin isolé. Il voulait l’observer, discrètement. De temps en temps, il se forçait à consulter son téléphone, pour se donner une contenance, se protéger. Il rit intérieurement. « Je ferais un bien piètre détective ».

Il sursauta. Elle se levait, son gobelet de café à la main, après avoir consulté sa montre. Elle mit son livre dans un grand sac en cuir caramel qu’elle ajusta sur son épaule et se dirigea vers la porte. Il soupira. Et puis, alors qu’elle avait la main sur la poignée de la porte, elle se retourna vers lui. Lui sourit. Et s’engouffra par la porte.

Dans ce sourire, il y avait tout. L’espoir, la curiosité, le doute, l’envie, la peur, l’attente. Dans son regard, dans ses yeux marrons étincelants, tout lui apparut.

Des images saccadées. Elle, lui. Un premier baiser dans une ruelle pavée après le restaurant. Leurs mains entrelacées, toujours. Leurs rires qui résonnaient. L’odeur de sa peau quand il l’embrassait dans le cou. Des cartons. Des promenades le dimanche. La sérénité, le bonheur, l’impression d’être enfin à sa place. Leur vie à deux, si simple, si évidente. Il sut alors que c’était elle, que c’était eux et cette évidence s’imposa à lui en cet instant.

Il se leva brusquement, et se lança à sa poursuite. Elle était là, dans la rue, marchant d’un pas pressé. Il souffla, sûr de lui, et lui tapa sur l’épaule. Elle se retourna, et lui sourit.

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Il y a quelques semaines, Miss Blemish et Fabienne ont lancé cette jolie idée, celle de créer un atelier d’écriture de blogueuses. L’idée ? Un thème, un mois, et à notre plume de jouer ! Nous voici donc au premier rendez-vous et voici ma contribution… Pour suivre l’actualité des Jolies Plumes, ça se passe par

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« We can go as far as you wanna go… »

¤ Un regard sur le calendrier, mi-juin et déjà les vacances qui s’annoncent. Plus de cours, plus d’élèves, plus de boulot. Rester à la maison, bouquiner, aller se balader. Avoir du temps.

¤ Réserver un restau’ pour notre 1ère année. Regarder en arrière et soupirer, se dire que j’ai sans doute changé, perdu quelques personnes sur la route, sans doute, mais sourire et se dire que la vie est tellement plus belle aujourd’hui.

¤ Partir en week-end, pour assister à un mariage. Se sentir belle dans sa robe, le trouver si beau et sexy avec son costume. Rencontrer ses amis, des gens différents. Sourire en voyant le cadre du mariage, pour un peu, je me serais crue à Pemberley.

¤ Rire, souvent.

¤ Avoir la très bonne surprise de voir un concert de HollySiz programmé en septembre pas loin et prendre tout de suite deux places. Avoir hâte de lui en faire la surprise.

¤ Préparer une crémaillère pour les collègues de l’amoureux et faire des tas de courses.

¤ Prendre des nouvelles d’une amie, et prévoir un verre pour se revoir, enfin.

¤ Découvrir le nouveau clip et en avoir le sourire jusqu’aux oreilles.

¤ Être tombée amoureuse d’une paire de sandales compensées.

¤ Souffrir en bouclant une balade de 40km à vélo, s’énerver un peu, mais être fière de l’avoir fait à l’arrivée.

¤ Oublier, juste après, le régime, les efforts, et se faire un McDo un dimanche soir.

¤ Surfer sur Internet à la recherche de recettes, d’idées repas. Faire une quiche délicieuse courgettes / tomates / mozza’.

¤ Boire de la bière à la pêche sur le balcon.

¤ Lire les pieds sur la table basse du salon avec le foot en fond sonore. Sourire quand il râle car il a fait le mauvais pronostic.

¤ Écouter et aimer cette chanson…

« Here I am and I’ll wait in line… »

 

J’ai eu envie de t’écrire un mail depuis plusieurs semaines déjà. Je reste là, figée, indécise, devant une page blanche. Je ne sais pas si tu me répondras et ça me terrifie un peu. Depuis février, on ne s’est pas échangé un seul mot, un seul geste. J’hésite à briser ce silence si étrange qui est le nôtre depuis tous ces mois.

Et puis, si je suis vraiment honnête, je ne sais pas exactement ce que j’attends, ce que j’espère de ça. Je ne sais pas si notre amitié est brisée définitivement, si elle peut se réparer et si j’ai envie qu’elle le soit d’ailleurs. Je ne sais pas si tu le souhaites, si c’est possible, si tu en as envie, si tu y penses.

Ce que je sais, c’est que, malgré tout, notre amitié me manque. Tu me manques.

Je n’arrive pas à me faire à cette situation étrange. Moi qui savais tout de toi, désormais, je ne sais que ce que je lis à travers un écran sur un réseau social. Je devine, m’interroge. Savoir si tu vas bien, mieux, si tu as rencontré quelqu’un. Ce que tu penses, espères. Je replonge dans les souvenirs, et tu me manques. Nos fou-rires, nos escapades, nos confidences. J’aurais aimé te parler de lui, de nous, de moi qui me sens désormais si bien, de mes projets, de mes envies, de mes peurs aussi. J’aimerais te faire partager ma nouvelle vie, et que tu puisses en faire partie.

La vérité, c’est que, malgré tout, tu me manques.