L’envol

Les chaises sont alignées derrière les tables, le silence règne. Le soleil tape dans les vitres, fort, rendant l’atmosphère lourde et moite. La faute aux rideaux qui manquent depuis des années déjà. Les murs sont un peu sales, ils auraient bien besoin d’un coup de peinture. Il n’y a pas de matériel vraiment pour travailler comme on le voudrait. Cette salle, pourtant, elle avait une âme, quelque chose d’indéfinissable. Y passer près de 21 heures par semaine pendant six années scolaires, c’était presque devenu comme une deuxième maison. Neuf classes par an, une vingtaine d’élèves dans chaque classe. Des tas de gens différents se sont assis sur les chaises en bois. Des vrais gentils, des qui vous offrent des fleurs, vous écrivent des mots sur le tableau, des curieux, des flemmards, des fâchés avec l’école et qu’on arrive parfois à rattraper, des rebelles, des insolents, des transparents, des attachants, des drôles. Je les ai vu grandir, mûrir, évoluer, changer, trouver leur voie. Ils m’ont exaspéré, fait rire, surpris, rendu fière. J’ai été stressée, sereine, fatiguée, motivée, énervée, de bonne humeur entre ces quatre murs. Tout un patchwork d’émotions, qui rendent le métier d’enseignante si rare et si joli.

C’est un sentiment bien étrange de marcher dans ces couloirs déserts, de faire des pas répétés mille fois dans la routine du quotidien et se dire que c’est sans doute pour la dernière fois. Que je ne boirais plus mon café en salle des profs en riant avec les collègues. Une page de six ans se tourne, et je sais déjà que tout cela va me manquer. Sans doute parce que pour le moment, mon avenir professionnel est encore bien flou. Six années qui ont passé vite. Qui m’ont transformé. Qui ont fait de moi une femme plus épanouie que celle qu’elle était en arrivant, sortie des études. J’ai appris qui j’étais, quelle enseignante j’étais, que j’aimais mon métier, que j’étais plutôt douée aussi pour le faire. J’ai changé, j’ai connu des déceptions amoureuses durant ces six années. Le lycée a été aussi le lieu de rencontre de ces amours avortés et déçus.

Quand j’étais en Terminale, j’avais un prof’ d’histoire-géo génial. Lors du dernier conseil de classe, il m’avait dit que j’avais raison de faire une fac d’Histoire, « on y rentre chenille, on en ressort papillon » avait-il dit. Cette phrase, elle est toujours restée en moi, je ne sais pas trop pourquoi. Et en fait, c’est ça. Ma transformation en papillon, elle s’est faite, certes à la fac, mais aussi dans ce lycée, durant ces six années. Plus forte de mes échecs, de mes remises en question perpétuelles, de cet amour qui me rend plus forte, de ces amitiés de travail qui sont devenues de vraies amitiés qui resteront intactes malgré la distance, je m’apprête à prendre mon envol, vers un nouvel horizon.

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10 commentaires sur « L’envol »

  1. Quelle évolution, que de chemin !
    C’est touchant de te lire, de repenser à ce passé pas si lointain où tu écrivais tes premiers pas dans ce lycée …
    Bon vol vers un nouvel horizon qui, je le souhaite, te permettra de grandir encore .

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  2. J’ai aimé lire ta vie, tes coups de cœur et tes aventures dans ce lycée. J’aimerai encore plus lire tes aventures à l’étranger. Bon envol et bonne installation vers ce nouvel horizon!:))
    Et je suis toujours dispo pour une escapade Parisienne quand tu reviendras en France;)

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  3. Ce post ne peut que me plaire! Je ne suis jamais restée plus longtemps que deux ans dans une école, je n’ose pas imaginer les souvenirs triplés en six ans. Bonne chance pour l’après, et comme je suis curieuse : tu pars où ? Si tu veux des conseils / avis sur l’enseignement du FLE dans ta prochaine destination, n’hésite pas !

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    1. En Suisse, pas très loin de Zürich (en Suisse alémanique donc, sans parler allemand, le challenge !).
      C’est adorable merci, en fait je me tâte à passer le DAEFLE (les Master FLE me sont fermés, j’ai une Licence et un Master d’Histoire…) pour m’ouvrir plus de portes, mais le prix de la formation me rebute un peu…!

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  4. C’est dur de partir, même si on l’a voulu, ça fait toujours un gros pincement au coeur. Le pire, c’est le moment où la classe est vide avant qu’on ne parte. J’ai pensé que je ne verrais plus jamais mes élèves de cette année assis à ces petites tables, et ça m’a fait tout drôle.
    Mais la vie continue 🙂 et avec de beaux projets pour toi !

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    1. Tout à fait… je n’aime pas les au-revoir, sans doute parce que j’ai un tempérament un peu nostalgique. Les fins d’année ont toujours un goût doux-amer pour moi, surtout quand tu laisses partir des classes que tu appréciais particulièrement…
      Mais oui, la vie continue, et j’espère qu’elle sera pleine de jolis projets pour toi aussi… 🙂

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