Simone et les autres

Simone elle, est née en 1920 dans la campagne de l’Eure. A cette époque, les femmes sont vues comme des mineures perpétuelles, sous la tutelle d’un père, d’un mari, voire même d’un fils plus tard. Le code civil le dit, l’affirme depuis 1804 : « le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance à son mari ». Simone, sa mère, sa tante, et toutes les autres, elles n’ont pas le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari (1965). En 1920, la femme doit avant tout être une mère, une loi assimile la contraception à l’avortement qui est considéré comme un crime. Pourtant, la femme n’a aucune autorité au regard de la loi sur ses enfants (1970). Simone, elle en a vu des changements dans sa vie. Elle a voté pour la première fois, sa petite fille à peine née, en 1945. Elle a connu les bouleversements du MLF et des mouvements féministes, les combats de celles qui partagent son prénom, la création du Planning Familial, la contraception en 1969, la légalisation de  l’avortement en 1974 et la reconnaissance, enfin, qu’une femme peut décider de ce qu’elle fait de son corps. Elle a vu apparaître le divorce par consentement mutuel, la mixité à l’école, les lois sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, la parité, les femmes en politique.

Simone, elle n’était pas féministe. Non, c’était une femme toute simple de la campagne, loin des combats et des agitations, qui s’est mariée à l’âge de vingt-trois ans avec un agriculteur d’un village voisin. Elle a toujours travaillé avec son mari, sans statut véritable, elle a élevé leurs trois enfants. Elle n’a sans doute pas choisi grand chose dans leur vie de couple, parce que c’était souvent comme ça, on ne demandait pas souvent son avis à une femme. Elle a été heureuse, sans doute. Elle était vive, joyeuse, malicieuse, elle faisait la meilleure tarte aux abricots du monde. Elle est devenue grand-mère. Elle est devenue ma grand-mère.

Simone, elle n’était pas féministe. Mais moi, Céline, sa petite-fille, oui, je le suis. Je me suis toujours passionnée pour ces combats, pour ces femmes connues ou anonymes qui se sont battues, qui se battent, pour cette quête encore inachevée de l’égalité des sexes.Se battre contre le harcèlement de rue, les sifflets dans la rue, les visions effrayantes encore trop répandues sur le viol, les violences conjugales, le droit à la maîtrise de son corps et donc la défense indéfectible de la contraception et de l’avortement. Se battre contre les inégalités salariales, les préjugés, le plafond de verre, le sexisme en politique et le sexisme ordinaire. Se battre contre ceux qui oppriment les femmes un peu partout dans le monde, qui les enferment dans des carcans, qui leur interdisent de conduire, de se découvrir, d’aller se baigner sur une plage, d’être libre tout simplement.

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Parce qu’être féministe, ce n’est pas vouloir être supérieure aux hommes, ce n’est pas opposer les sexes. Non, c’est se battre pour l’égalité. Partout, tout le temps. Se battre pour chaque femme puisse être traitée à égalité avec chaque homme. Le 8 mars, c’est pour ce combat. La journée internationale des droits des femmes, et non la journée de la femme comme on le lit et l’entend encore trop souvent. Surtout, ce n’est pas une journée pour offrir des fleurs ou proposer des réductions aux clientes féminines. Parce que Simone, moi et les autres on mérite bien mieux que ça.

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8 commentaires sur « Simone et les autres »

  1. Très joli article, très vrai.
    Comme tu le dis, il ne faut pas réduire cette journée à une journée « de la femme ». Il ne faut pas en faire une « fête commerciale », au même titre que la Saint Valentin, notamment.
    Je suis glacée par tous ces mails reçus ce matin, ventant la femme pour mieux l’inviter à consommer.
    Je préfère quitter mon courrier et me réjouir des lignes que l’on peu trouver sur des blogs comme le tien.
    Merci.

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